Saint-Pétersbourg, la Venise du Nord

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Arrêtons-nous à Saint-Pétersbourg aujourd’hui. Avec pour commencer une anecdote historique, plus ou moins véridique sans doute. Coupe du Monde oblige, la Russie a construit ou amélioré les stades de 11 villes. Et comme toujours dans ce genre d’événements, certains chantiers seront terminés au tout dernier moment. Ce qui rappelle l’anecdote suivante…: on raconte que le Palais d’Hiver, construit pour l’Impératrice Catherine II fut terminé le tout dernier jour, avant l’arrivée de l’Impératrice qui venait en prendre possession. Mais si le bâtiment était terminé, le chantier n’était pas déblayé, il restait des tonnes de gravats et de planches autour, ce qui faisait très mauvais effet. Les architectes et constructeurs se creusaient la tête pour rendre le Palais et ses alentours immaculés, ne pouvant que constater que même l’ensemble des divisions de l’armée russe présentes dans la ville ne viendraient pas à bout d’un tel déblaiement. Jusqu’à ce que l’un deux ait une idée : faire paraître dans les journaux locaux une annonce ainsi formulée : «avis à la population, les travaux du palais d’hiver étant terminés, il nous reste un stock de pierres et de planches, mis à disposition de chacun, gratuitement ». Tous les habitants se précipitèrent sur le chantier pour récupérer les gravats, et le lendemain, l’endroit était dégagé pour accueillir l’Impératrice comme il se doit…

Le Palais d'Hiver, depuis la Neva

Le Palais de l'Ermitage, l'un des plus grands musées au monde

Saint-Pétersbourg, ville impériale fondée par le Premier Empereur de Russie, Pierre 1er, dit Pierre le Grand, en 1703, regorge de magnifiques monuments, tous plus célèbres et emblématiques les uns que les autres : Ermitage, Palais d’Hiver, Cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-sang-versé, Forteresse Pierre-et-Paul, Cathédrale Saint-Isaac, les canaux, etc. Pourtant, à l’origine, le lieu choisi pour construire la ville, s’il était stratégique car situé sur un territoire disputé au Royaume de Suède, à l’entrée du Golfe de Finlande, et donc donnant accès à la mer Baltique, était un formidable défi : Saint-Pétersbourg est construite sur des marais, qu’il a fallu assécher et drainer, notamment avec des canaux. La ville est donc construite à l’extrémité Nord-Ouest de la Russie, ce qui a donné lieu à une expression russe qui se traduit par « Avoir la capitale à Saint-Pétersbourg est comme avoir le cœur au bout des doigts ».

 

Les canaux de Saint-Pétersbourg, la Venise du Nord

Il fallut également consolider les rives de la Neva avec des pierres de granit. La ville est construite en grande partie sur des îles, reliées entre elles par de multiples ponts. La Neva, qui traverse la ville, est une voie navigable importante, mais pour les bateaux de fret, uniquement quelques heures par nuit, lorsque tous les ponts sont levés. C’est d’ailleurs une des attractions que vous ne manquerez pas si vous visitez la ville, mais vous garderez en tête que cet éblouissement pour le visiteur que vous serez est en revanche un inconvénient pour les habitants qui ne peuvent pas traverser pour rentrer chez eux pendant que les ponts sont levés. Et qui doivent s’organiser en conséquence, en prévoyant les horaires des ponts…

Les ponts levants de Saint-Pétersbourg et la nécessité d'anticiper les horaires pour traverser d'une île à l'autre

Saint-Pétersbourg fut fondée par Pierre Le Grand pour être la vitrine de la Russie sur l’Europe (on dit que Saint-Pétersbourg regarde vers l’Europe), et son centre conçu comme les villes européennes de l’époque. D’ailleurs, la plupart des bâtiments furent dessinés et leur construction supervisée par des architectes italiens, signe évident de ce regard vers l’Europe.

La ville fut construite pour être la nouvelle capitale de la Russie, ce qu’elle fut de 1712, jusqu’à 1917. Plus grand port commercial et militaire du pays, capitale administrative et diplomatique, elle fut aussi la capitale économique, culturelle et intellectuelle du pays, et les deux révolutions de 1917 (février et octobre) y ont d’ailleurs éclaté.

Rebaptisée Petrograd de 1914 à 1924, la ville connaît un tournant majeur en 1920, lorsque la capitale est transférée à Moscou, puis un nouveau changement de nom en 1924 : elle devient Leningrad, à la mort de Lénine. Elle subira un déclin sensible au cours des années suite à la perte d’influence au profit de Moscou.

Elle retrouve son nom d’origine en 1991, après la chute de l’Union Soviétique et un référendum.

Palais au style typiquement européen

Cathédrale Saint-Sauveur-sur-le-Sang-Versé, un des joyaux de Saint-Pétersbourg

Façade de l'Ermitage, exemple d'art baroque européen

Si Saint-Pétersbourg est un joyau, y vivre n’est pas forcément des plus agréables : la ville est située à la même latitude qu’Oslo, Stockholm ou le sud de l’Alaska, le climat y est donc plutôt rude, avec une variation de la durée du jour assez marquée. Les Russes ont de nombreuses blagues à propos du temps à Saint-Pétersbourg, comme : « Enfin l’été arrive à Saint-Pétersbourg, on va pouvoir sortir les manteaux d’été, les écharpes d’été et les bonnets d’été ». C’est également une ville assez humide, vous aurez donc compris qu’il vaut mieux la visiter en été plutôt qu’en automne ou en hiver.

La meilleure période pour visiter la capitale impériale est la saison des « Nuits Blanches », du 11 juin au 11 juillet, de préférence autour du solstice d’été le 21 juin : outre le fait de vivre des nuits réellement blanches – il ne fait jamais nuit, seulement sombre - vous pourrez profiter du spectacle des « Voiles Ecarlates », en russe Alye Parussa (Алые Паруса). C’est un événement majeur, extrêmement populaire et qui attire énormément de visiteurs. Un bateau à voiles rouges navigue sur la Neva, en musique et avec des feux d’artifice. « Alye Parussa » a été organisé pour la première fois à la fin de la deuxième guerre mondiale, pour fêter comme il se doit la fin de l’année scolaire. En fait, les écoles de la ville s’étaient réunies pour organiser un événement, qui perdure depuis. C’est évidemment le symbole des Nuits Blanches, et sans aucun doute l’événement le plus attendu. Si vous avez la chance d’être à Saint-Pétersbourg à cette occasion – et gageons que la fête sera réellement grandiose en 2018, exposition de la Coupe du Monde oblige – ne ratez surtout pas cet événement qui attire un nombre impressionnant de personnes, toutes génération confondues.

Pendant les Nuits Blanches, pourquoi ne pas aller voir un opéra au Théâtre Mariiskiy...

Un conseil : vérifiez l’échelle de votre plan de ville et prenez une bonne paire de chaussures de marche. Saint-Pétersbourg est une ville très étendue, et vous allez beaucoup marcher. On oublierait sans doute que la ville est construite sur 42 îles et qu’elle compte 5 millions d’habitants ! Le centre historique est très vaste, et sur plusieurs îles. Rassurez-vous, la ville dispose d’un excellent réseau de métro, parmi les plus profonds au monde (terrain marécageux oblige, il a dû être creusé très profondément), mais les stations sont éloignées les unes des autres. Les trams et les bus complètent le métro, vérifiez quand même bien que les lignes circulent, lors de mes différents passages à Saint-Pétersbourg, j’ai souvent dû composer avec des changements d’itinéraires ou des interruptions de trafic pour cause de travaux notamment.

Et prenez le temps de visiter la ville est ses environs : c’est une ville qui nécessite au moins 5 jours sur place si vous ne voulez pas faire l’impasse sur des monuments et sites qui valent le détour – il faut déjà une journée entière rien que pour visiter l’Ermitage et le Musée Russe. Naturellement, Peterhof est la visite à ne pas manquer en dehors de la ville en elle-même. On s’y rend très facilement en hydroglisseur depuis les quais de la Neva, et vous aurez la chance d’avoir une vue imprenable sur l’Ermitage et la ville nouvelle qui s’étend au bord du Golfe de Finlande. Soyez patient pour visiter le château, la queue peut être assez longue. Et même si les Russes plaisantent facilement sur le temps à Saint-Pétersbourg, il peut y faire très chaud en été, ce serait dommage d’attraper une insolation en attendant son tour pour entre dans le palais de Peterhof…

Peterhof, vue du Palais et des fontaines. L'ensemble fut construit sur le modèle de Versailles

Perspective vers la Neva depuis l'esplanade du Palais

Vous pouvez également aller très facilement à Tsarkoe Tselo et Pouchkino, en train notamment. Le train est toujours une expérience intéressante en Russie, y compris le train de banlieue. Pour compléter l’expérience, pourquoi ne pas aller de Tsarkoe Tselo à Pouchkino en mini-bus ? Rassurez-vous, vous pouvez également prendre un taxi ou encore plus simplement, choisir une excursion organisée depuis Saint-Pétersbourg. Une autre visite intéressante est la ville de Vyborg : patrimoine architecturale très riche (datant en grande partie du Moyen-Age) et au carrefour des cultures. Vyborg a changé plusieurs fois de souveraineté. Elle a été russe puis finlandaise avant de devenir soviétique puis russe. La ville est située sur la ligne de train Saint-Pétersbourg – Helsinki et se situe à 40 km de la frontière finlandaise.

Tsarkoe Tselo

Surtout, prenez le temps de sortir des sentiers (touristiques) battus : Saint-Pétersbourg a un nombre incroyable de cafés, dont certains font des pâtisseries tout simplement délicieuses, et il ne faut pas hésiter à pousser la porte, même si la carte n’est qu’en russe, et sans doute même surtout si la carte n’est qu’en russe ! Les îles moins touristiques sont idéales pour l’hébergement, pour une question de coût, mais aussi de tranquillité. J’ai beaucoup aimé mon séjour sur l’île Vassiliev (Bасильевский Oстров ou B.O en russe, Vassilievskiy Ostrov dans sa transcription en alphabet latin), qui n’est qu’à une station de métro de la Perspective Nevskiy et de l’Ermitage.

Un dernier point : vous quitterez peut-être bien Saint-Pétersbourg avec l'envie d'y retourner très rapidement... 

Quelques suggestions et recommandations :

  • L’aéroport a 2 terminaux (domestique et international), relativement distants l’un de l’autre. Le métro ne va pas jusqu’à l’aéroport, il faut prendre un bus jusqu’à l’arrêt de métro Moskovskaya. Le trajet en taxi est assez long, surtout aux heures de pointe.

  • Vérifiez vraiment les distances sur votre plan avant de planifier votre visite de la ville, elle est réellement très étendue et vous risquez d’être surpris du temps qu’il faut pour aller d’un point à un autre

  • La ville est au bord de la mer. Vous pourrez goûter d’excellentes soupes de poisson (уха en russe) et profiter de terrasses très agréables aux beaux jours comme en plein hiver : en hiver, les terrasses sont chauffées et on vous donne des couvertures pour ne pas prendre froid à Saint-Pétersbourg comme partout ailleurs en Russie.

  • Il y a de très nombreux bars à Saint-Pétersbourg, essayez l’apéritif russe typique : une bière avec des bâtons de poisson séché

  • Ne partez pas sans un parapluie, ce n’est pas une légende, il pleut réellement souvent à Saint-Pétersbourg. Si vous oubliez votre parapluie, vous trouverez facilement des vendeurs de rue, voire même des distributeurs automatiques de parapluies

  • La ville a un opéra célèbre, le Mariiskiy, dont la salle est magnifique, et des salles de concert exceptionnelles. Au moment des Nuits Blanches, il y a une programmation réellement intéressante

  • La ville de Saint-Pétersbourg a une scène culturelle et musicale très active. De nombreux groupes de rock sont originaires de Saint-Pétersbourg, et vous trouverez sans aucune difficulté des concerts et de la musique live dans les bars

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